Objectifs de la chaire Mutations de l'action
publique et du droit public (MADP)
Le diagnostic
Un retard de modernisation des formes
et méthodes de l’action publique
Tous les observateurs de bonne foi de la
conduite des politiques publiques en France, comme d’ailleurs
les acteurs de ces mêmes politiques, ont acquis la conviction
de ce qu’il existe un retard dans l’adaptation
des formes et méthodes nationales de l’action
publique au traitement des problèmes publics contemporains.
La culture des moyens l’emporte encore sur celle des
résultats. Les logiques d’évaluation sont
insuffisamment admises. Les outils d’imperium sont encore
systématiquement préférés aux
méthodes contractuelles et d’incitation, même
lorsque leur inefficacité est avérée.
La participation des citoyens et des groupes organisés
aux processus de la décision publique reste rare et
limitée. Le choix entre l’intervention publique
directe et l’externalisation, le partenariat public-privé,
se fait en dehors de toute réflexion générale
sur la bonne répartition des rôles entre public
et privé. L’obsession de l’uniformité
juridique freine les adaptations territoriales ou fonctionnelles.
La responsabilité du droit public dans ce
retard
Même si les causes en sont surtout
historico-politiques, ce retard d’adaptation des formes
et méthodes de l’action publique doit quelque
chose aussi à une certaine usure de la doctrine et
des constructions de notre droit public. Cette doctrine et
ces constructions sont fortement imprégnées
à la fois par la tradition de la Révolution,
et par l’orientation étatiste de la V° République.
Notre droit administratif, pour ce qui le concerne spécialement
est, dans son état actuel, très largement le
droit administratif construit au milieu du siècle dernier
autour de l’Etat-providence.
En raison de ces orientations de fond, puissamment enracinées,
notre droit public est fréquemment pris à contre-pied
par l’évolution de la manière dont les
problèmes publics se présentent. Dans les sociétés
complexes dans lesquelles nous vivons, le culte de l’égalité
formelle rend l’action publique peu adaptable à
la diversité des situations. Dans l’Etat post-moderne,
les politiques publiques n’agissent qu’au travers
de mécanismes de longue main, et les solutions d’autorité
trop sommaires se perdent dans les sables. Dans nos sociétés
où l’autonomie des individus est placée
très haut dans la chaîne des valeurs, seuls le
contrat, l’inlassable concertation fournissent la solution
de nombreux problèmes.
Si la vision du monde dont notre droit public est animée
est de plus en plus marquée par l’incapacité
à prendre à bras-le-corps ces évolutions,
c’est en raison d’un certain isolationnisme intellectuel,
d’une certaine coupure d’avec la réflexion
juridique de droit public en Europe et au-delà. Le
droit public français – cela est tout spécialement
vrai du droit administratif – reste si souvent convaincu
de son admirable supériorité qu’il ne
se préoccupe pas – ou beaucoup trop peu- des
réflexions doctrinales qui sont conduites dans les
instances académiques et chez les juges des autres
grandes nations juridiques, ainsi qu’au sein des institutions
européennes et internationales. Un regard rapide vers
ces réflexions montre pourtant très vite combien
fréquemment elles s’emparent des mêmes
questions auxquelles le droit public français est affronté,
et pour souvent progresser de manière très heureuse
dans leur analyse.
Un objectif de participation aux
débats européens et internationaux sur l’évolution
de l’action publique et de son droit
On découvre, à fréquenter
les travaux étrangers concernant le droit public contemporain
que, s’ils sont d’un apport souvent précieux,
c’est notamment en raison du fait qu’ils ont intégré
certains angles théoriques d’attaque, certains
« bouts de vision du monde » sans lesquels il
est certainement impossible de comprendre l’univers
juridique dans lequel nous sommes aujourd’hui placés.
Il en va ainsi tout spécialement de la théorie
de la globalisation et de la théorie des régulations.
L’objectif essentiel que se fixe la Chaire « Mutations
de l’Action Publique et du Droit Public » est,
à son échelle, de s’introduire dans le
concert de la réflexion doctrinale européenne
et internationale de droit public. Les portes d’entrée
qu’elle empruntera à cet égard seront
de trois ordres. Elle s’efforcera de développer
une réflexion de fond au sujet des conséquences
de la globalisation sur les appareils publics et leur droit.
Elle s’attachera également à contribuer
aux analyses concernant l’évolution contemporaine
des régulations. Elle dirigera également son
effort de recherche du côté de cette ligne d’évolution
universelle de l’action publique à l’époque
contemporaine qu’est la décentralisation.
Elle s’efforcera, dans tous ces domaines, de conduire
une réflexion à la fois comparative, constamment
ancrée dans la référence à la
construction communautaire, et constamment alimentée
par l’analyse économique du droit.
Un objectif de contribution aux réflexions
nationales sur les instruments juridiques de la modernisation
de l’Etat
L’objet est évidemment aussi,
de façon réciproque, que le contact avec les
réflexions européennes et internationales sur
l’évolution de l’action publique et de
son droit vienne irriguer davantage la réflexion nationale
sur ces sujets, et lui permette de se renouveler.
La Chaire se propose d’introduire dans le débat
académique et dans le débat public des réflexions
relatives aux instruments juridiques de la modernisation de
l’Etat. Ces réflexions seront également
développées à partir de l’observation
des systèmes étrangers. Elles aborderont des
sujets tels que : la contractualisation de l’action
publique, l’évolution du droit des financements
publics, l’externalisation des activités publiques,
etc…
La réflexion sur l’adaptation des formes de l’action
publique s’orientera en outre vers deux domaines particuliers
: celui des transformations de l’action publique en
matière d’éducation et de recherche.(sous
la responsabilité du Recteur Marcel Morabito), et celui
des transformations de l’action publique en matière
sociale.
Le programme scientifique de la Chaire
Compte tenu des buts qu’elle se fixe, les objets sur
lesquels la Chaire fera porter son activité de recherche,
d’enseignement, de participation au débat public,
seront de deux ordres : les premiers de nature plutôt
théoriques, les seconds de caractère davantage
pratique.
Globalisation et droit public, droit administratif
européen
Il s’agira ici d’analyser, de
façon interdisciplinaire, et donc en liaison avec les
autres équipes qui, au sein de Sciences Po, travaillent
sur ces sujets, les effets de la globalisation sur les appareils
publics et sur les systèmes juridiques. L’accent
étant mis sur les aspects de droit public (sous la
réserve de ce qu’à l’échelle
de la globalisation, la distinction du droit public et du
droit privé s’atténue, se déplace
en tous les cas).
Quelques grands axes de réflexion devront être
abordés d’emblée : les contrats publics
dans la globalisation, la compétition des systèmes
juridiques, les régulations de la globalisation juridique.
Ils le seront notamment au travers de recherches conduites
dans le domaine des incidences de la globalisation juridique
en matière de droit administratif (transnationalités
administratives diverses), de droit constitutionnel («multi-level
constitutionalism», constitutionnalisation des entités
globales…), de droit public financier (souveraineté
budgétaire des Etats…).
Deux sous-thématiques particulières, à
caractère «instrumental» devront faire
l’objet de recherches permanentes, qui seront initiées
rapidement : le droit administratif européen, et le
droit public comparé.
Un projet de moyen terme consistera dans un ensemble de recherches
prospectives concernant l’impact de la globalisation
et de la construction européenne sur le droit public
français.
Décentralisation et rénovation de
l’action publique
Ce deuxième axe sera consacré
à l’analyse des effets de la décentralisation
sur l’appareil public et le système juridique
: qu’il s’agisse de la décentralisation
existante, ou de celle, plus poussée, vers laquelle
notre pays pourrait envisager d’aller.
La réflexion juridique devra ici être confrontée
à celle, notamment, des spécialistes du management
public et des politiques publiques.
Elle portera en particulier sur l’évolution (la
crise ?) du droit de l’aménagement, sur la configuration
juridique concrète de la gestion des différents
services publics locaux, sur les évolutions affectant
la coopération locale, et sur les instruments juridiques
de la politique de la ville.
Droit public des régulations, analyse économique
du droit public
La réflexion portera ici sur la transformation
des formes et instruments juridiques de l’intervention
publique, notamment de l’intervention publique dans
l’économie.
Le travail ici conduit viendra compléter, dans le domaine
du droit public, celui que la Chaire Régulation fait
essentiellement dans celui du droit privé.
Deux sous-thématiques seront entre autres envisagées
rapidement: l’action publique et le droit public dans
la société du risque, l’analyse économique
du droit public.
Une réflexion commune sera bientôt conduite avec
des spécialistes des politiques publiques. Elle aura
pour thème : «Théorie des régulations
et analyse des politiques publiques».
Instruments juridiques de la modernisation de l’Etat
et de la gestion publique
La Chaire se donne pour ambition de devenir
un lieu de réflexion sur les solutions juridiques pratiques
qui peuvent contribuer à la modernisation de la gestion
publique et de l’action publique.
Entre autres thèmes, des analyses seront conduites
sur : la contractualisation de l’action publique, l’évolution
du droit des financements publics, l’externalisation
des activités publiques, les partenariats public-privé,
la mise en forme juridique de l’évaluation de
l’action publique et de la qualité administrative,
le traitement des activités publiques en difficulté,
les problèmes juridiques de l’administration
électronique, etc…
Des analyses de type historique seront en outre menées.
Le programme de recherche n’ignorera en outre pas le
fait que la question des instruments juridiques de la modernisation
de l’Etat est au carrefour des disciplines de droit
public, et doit être abordée à la fois,
sous ses aspects de droit administratif, de droit constitutionnel,
de droit des finances publiques, de droit international…
Evolution des formes de l’action publique
en matière d’éducation et de recherche
(sous la responsabilité du Recteur Marcel Morabito)
Enseignement scolaire, enseignement supérieur,
recherche : quel que soit le champ d’investigation retenu,
l’action publique évolue sensiblement sur le
plan local comme global. Besoin accru de proximité,
nécessité d’identifier les responsabilités,
désir des citoyens d’être associés
aux décisions : autant de facteurs qui convergent pour
plaider en faveur d’un véritable changement des
pratiques politiques et administratives. Dans cette perspective,
s’interroger sur les transformations de l’action
publique implique d’une part de mesurer l’impact
des derniers textes relatifs à la décentralisation
comme à l’action de l’Etat en région.
Mais, surtout, cette approche requiert d’autre part
d’envisager les évolutions possibles de la relation
Etat / collectivités, ainsi que de l’opérationnalité
du circuit menant des orientations centrales aux résultats
obtenus sur le terrain, à l’aune de l’histoire
comme des expériences mises en œuvre à
l’étranger.
Cette dimension internationale se révèle essentielle
pour évaluer l’impact de l’action publique
et améliorer ses performances. A cet égard,
le poids de l’Europe sur les politiques éducatives
et de recherche des Etats membres de l’Union, par-delà
la latitude d’action de chacun d’eux, se révèle
particulièrement intéressant à analyser.
De même que l’influence que ne manque pas d’exercer
la compétition internationale qui prend corps en ces
secteurs. Une étude des articulations juridiques envisagées
de par le monde, qu’il s’agisse des Etats-Unis,
de l’Asie, de l’Europe, est devenue indispensable
pour s’inscrire pleinement dans cette dimension plutôt
que de la subir.
Penser l’action publique aujourd’hui en matière
d’éducation et de recherche requiert en conséquence
une approche à la fois historique et comparative qui
peut susciter non seulement des réflexions, mais aussi
des projets dans le cadre de la Chaire, en étroite
coopération avec les travaux sociologiques effectués
à Sciences Po tant par le CSO que l’OSC.
Evolution des formes de l’action publique
en matière sociale
La Chaire se dotera à moyen terme
d’un programme de recherche concernant l’évolution
des formes de l’action publique en matière sociale.
Il s’agit en effet d’un domaine dans lequel la
transformation des modalités de l’action publique
est encore relativement peu étudiée, en tous
les cas dans sa dimension juridique.
Il est certain, pourtant, que, dans ce domaine comme dans
les autres, les méthodes et instruments de l’action
publique, et notamment ses méthodes et instruments
juridiques, se transforment au gré des mutations d’une
société que préoccupent des problèmes
nouveaux, ou en tous les cas ayant acquis des dimensions nouvelles,
comme ceux de l’exclusion ou ceux liés à
la ville.
Les recherches pourront se diriger du côté du
droit comparé, par exemple dans le but d’analyser
les montages juridiques des politiques de type « from
welfare to work ».
Elles devront également porter sur les conséquences
et perspectives de la décentralisation de l’action
sociale.
Dernière mise
à jour le :
7/07/08
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